Dépôt-vente en librairie : les pièges à éviter pour les auteurs autoédités

Dépôt-vente en librairie

Lorsqu’on publie soi-même ses livres, réussir à se faire connaître représente souvent la plus grande difficulté.

Écrire un roman demande des mois, parfois des années. Le publier est une étape importante, mais elle ne garantit pas qu’il trouvera ses lecteurs. Lorsqu’une librairie propose alors d’exposer votre ouvrage, l’offre peut sembler très intéressante.

J’ai récemment reçu une proposition de dépôt-vente pour l’un de mes romans. La librairie concernée devait ouvrir quelques mois plus tard et recherchait des auteurs indépendants.

Mon livre avait été accepté après l’envoi d’une page représentative et de sa couverture. La réponse était encourageante. On m’annonçait que mon univers correspondait bien à la sélection de la future librairie.

Puis j’ai reçu le contrat.

En étudiant les conditions et en faisant les calculs, j’ai compris que cette proposition présentait un risque financier important pour l’auteur. J’ai donc décidé de ne pas signer.

Je partage aujourd’hui cette expérience,  afin d’aider d’autres auteurs à analyser ce type de contrat avant de s’engager.

Le fonctionnement proposé

Le contrat prévoyait un dépôt minimum de dix exemplaires pendant une durée de six mois.

Deux formules étaient proposées.

La première demandait à l’auteur de payer 6 euros pour chaque exemplaire déposé. Cette somme n’était pas remboursable, que le livre soit vendu ou non. En contrepartie, l’auteur devait percevoir 95 % du prix de vente hors taxes.

Pour dix exemplaires, les frais de mise à disposition atteignaient donc 60 euros.

La seconde formule prévoyait 9 euros de frais par exemplaire et un reversement de 70 % du prix hors taxes. Les frais n’étaient remboursés que pour les exemplaires invendus à la fin de la période.

Cette seconde option pouvait paraître rassurante puisque les frais des invendus étaient annoncés comme remboursables. Pourtant, les 9 euros correspondant à chaque livre vendu restaient acquis à la librairie, qui conservait également 30 % du prix hors taxes.

Dans les deux cas, l’auteur devait aussi fournir les livres et prendre en charge leur acheminement.

Deux formules, un risque

Le calcul avec un exemple concret

Prenons l’exemple réel de mon roman, vendu 16,10 euros TTC.

La TVA applicable aux livres en France métropolitaine est de 5,5 %. Le prix hors taxes est donc d’environ 15,26 euros.

Avec un reversement de 95 %, la somme versée à l’auteur pour chaque vente aurait été d’environ 14,50 euros.

Pour commander dix exemplaires auprès de mon imprimeur à la demande, je devais payer :

  • 43,30 euros d’impression ;

  • 60 euros de frais de mise à disposition ;

  • les frais de livraison des exemplaires ;

  • éventuellement les frais de retour des invendus.

Avant même l’envoi, l’opération me coûtait donc 103,30 euros.

Si les dix exemplaires avaient été vendus, la librairie m’aurait reversé environ 145 euros. Mon bénéfice maximal aurait été d’environ 41,70 euros avant les transports, les cotisations et les autres charges.

Il aurait fallu vendre au moins huit exemplaires sur dix pour récupérer la somme avancée. Avec les frais de transport, neuf ou dix ventes auraient probablement été nécessaires.

Si aucun livre n’avait été vendu, j’aurais perdu les 60 euros de mise à disposition, les frais de transport et peut-être une partie du coût des exemplaires selon leur état et les conditions de leur récupération.

Le vrai coût de 10 livres

Un autre imprimeur rendait l’opération déficitaire

J’ai également étudié la possibilité de commander mes livres auprès d’un autre imprimeur.

Le coût d’impression aurait alors été de 9,68 euros par exemplaire, soit 96,80 euros pour dix livres.

En ajoutant les 60 euros demandés par la librairie, mon investissement aurait atteint 156,80 euros, hors transport.

Même si les dix exemplaires avaient été vendus, je n’aurais reçu qu’environ 145 euros.

J’aurais donc perdu près de 12 euros avant même de compter les frais d’envoi.

Dans ce scénario, chaque vente aurait augmenté mon chiffre d’affaires, mais l’opération globale serait restée déficitaire.

C’est un point essentiel : vendre des livres ne signifie pas automatiquement gagner de l’argent.

Vendre et perdre de l’argent

Un dépôt-vente ou une prestation d’exposition ?

Dans un dépôt-vente classique, l’auteur fournit des exemplaires et la librairie prélève une commission uniquement lorsqu’un livre est vendu.

La librairie et l’auteur partagent alors le risque commercial. Si aucune vente n’est réalisée, personne ne gagne réellement d’argent.

Dans le contrat que j’ai reçu, la librairie percevait une somme avant même son ouverture et avant toute vente. L’auteur payait pour obtenir une place en rayon.

Cette différence change la nature économique de l’offre.

Il ne s’agissait plus seulement d’un dépôt-vente. Il s’agissait aussi d’une prestation d’exposition payante.

Une telle prestation n’est pas forcément inutile. Elle peut se justifier si la librairie possède une fréquentation importante, une clientèle correspondant au livre et des résultats commerciaux vérifiables.

Mais dans mon cas, l’établissement n’était pas encore ouvert. Il n’existait donc aucun historique permettant d’estimer le nombre de visiteurs, le taux de vente ou l’efficacité réelle de l’exposition.

Les clauses qui doivent attirer votre attention

Six signaux à vérifier

Le montant demandé n’était pas mon seul sujet d’interrogation.

Le contrat laissait plusieurs questions sans réponse suffisamment précise :

  • Quelles étaient les dates exactes de l’exposition ?

  • Que se passerait-il si l’ouverture de la librairie était retardée ?

  • Les frais seraient-ils intégralement remboursés si l’exposition ne pouvait pas avoir lieu ?

  • Qui serait responsable en cas de vol, d’incendie, de perte ou de détérioration ?

  • Où les livres seraient-ils placés dans la librairie ?
  • Pendant combien de temps resteraient-ils réellement visibles ?

  • Comment les ventes pourraient-elles être vérifiées ?

  • L’auteur pouvait-il résilier le contrat avant la fin des six mois ?

Une clause prévoyait également qu’après la période de dépôt et un délai supplémentaire, les livres non récupérés pourraient être donnés, détruits ou vendus à prix réduit sans indemnisation.

Une telle clause mérite une attention particulière. En France, le prix de vente d’un livre neuf est encadré par la loi sur le prix unique du livre. Une réduction ne peut pas être appliquée librement en dehors des exceptions prévues.

Le pourcentage annoncé ne suffit pas

Un reversement de 95 % paraît exceptionnellement généreux.

Mais ce chiffre ne doit jamais être considéré seul.

Il faut retirer :

  • le coût d’impression ;

  • les frais demandés pour chaque exemplaire ;

  • l’expédition vers la librairie ;

  • le retour des invendus ;

  • les cotisations sociales ;

  • les éventuels frais administratifs.

Un pourcentage élevé peut cacher une rentabilité très faible si l’auteur paie tous les autres coûts.

À l’inverse, une commission plus importante laissée à une librairie peut être acceptable si aucun paiement préalable n’est demandé et si la librairie assume réellement le travail et le risque liés à la vente.

Le bon indicateur n’est donc pas le pourcentage annoncé. C’est la somme qu’il vous reste réellement après toutes les dépenses.

Les questions à poser avant de signer

Avant d’accepter un contrat de dépôt-vente, demandez toujours :

  1. Combien dois-je payer avant la première vente ?

  2. Ces frais sont-ils remboursables ?

  3. Qui finance l’impression des exemplaires ?

  4. Qui prend en charge l’aller et le retour ?

  5. Quelle somme exacte vais-je recevoir par livre vendu ?

  6. Combien de livres dois-je vendre pour récupérer mon investissement ?

  7. Que se passe-t-il si l’établissement ouvre en retard ou ferme ?

  8. Les livres sont-ils assurés contre le vol et les dommages ?

  9. À quelle fréquence recevrai-je un relevé des ventes ?

  10. Puis-je récupérer mes exemplaires et résilier le contrat ?

  11. Que deviennent les invendus ?

  12. L’identité juridique complète du dépositaire figure-t-elle dans le contrat ?

Demandez également un exemplaire signé par les deux parties avant de verser la moindre somme.

Faites le calcul du pire scénario

Face à une offre de visibilité, nous imaginons naturellement le meilleur résultat : des lecteurs découvrent le livre, les ventes augmentent et le bouche-à-oreille commence.

Il faut pourtant calculer aussi le pire scénario.

Posez-vous cette question :

Combien vais-je perdre si aucun exemplaire n’est vendu ?

Si cette somme est trop importante ou si les résultats promis ne sont pas mesurables, mieux vaut refuser.

La visibilité peut constituer un investissement. Mais un investissement sérieux doit reposer sur une audience identifiable, une prestation définie, un coût maîtrisé et des résultats que l’on peut évaluer.

Pourquoi j’ai refusé cette proposition

Je ne prétends pas que cette librairie n’aurait vendu aucun livre. Je ne remets pas non plus en cause son droit de proposer ce modèle commercial.

Simplement, les conditions ne correspondaient pas à mes intérêts.

Je devais financer les livres, leur transport et leur exposition. Je supportais aussi le risque des invendus. La librairie, de son côté, encaissait des frais avant toute vente, alors qu’elle n’était pas encore ouverte et ne disposait d’aucun historique commercial.

J’ai donc préféré conserver ce budget pour des actions dont je peux mieux contrôler le coût et mesurer les résultats.

Refuser un contrat ne signifie pas renoncer à se faire connaître. Cela signifie protéger son travail et choisir avec soin les personnes auxquelles on le confie.

Combien vais-je perdre ?

Les auteurs indépendants ont besoin de visibilité. Cette situation les rend particulièrement réceptifs aux propositions promettant une présence en librairie, une promotion ou un accès à de nouveaux lecteurs.

Mais la visibilité ne doit pas devenir un mot permettant de faire supporter tous les risques à l’auteur.

Avant de signer, lisez chaque clause. Calculez le coût total. Imaginez le scénario dans lequel aucun livre ne se vend. Vérifiez également ce que chaque partie gagne et ce qu’elle risque.

Une proposition peut être parfaitement réelle et rester économiquement défavorable.

Notre désir d’être lus ne doit pas nous empêcher de faire les comptes.

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